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Interview
Jean-Hugues Oppel
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| C'est dans la revue L'Ours polar qu'ont été publiées ces deux interviews de Jean-Hugues Oppel. | |||
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| A propos de Pirana Matador, interview expresse, JH Oppel dévoré par les piranhas… (L'ours polar n°17, nov/dec. 2001) | |||
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Ce petit bijou apparaît à la Série Noire en 1992, t'étais un habitué de la maison, mais pourquoi, tout d'un coup, ce vent d'exotisme? Tout est parti de la phrase d’ouverture. Pourquoi ? Mystère et boule d’hévéa ! Elle m’a longtemps trotté dans la tête, avant que je n’y trouve comme un air de famille (toutes proportions gardées) avec le principe de “Un homme est passé” (“Bad day at Black Rock” en VO): un jour, quelqu’un arrive quelque part où l’on ne vient sans une bonne raison... même si celle qui anime Jorge-Luis Alfaquès est plutôt mauvaise ! Quant à l’exotisme, il était contenu dans le titre, et il ne me déplaisait pas de changer un peu d’univers - mais nous y reviendrons plus loin, comme on dit dans tout bon débat. En version Folio, tu ne regrettes pas trop la photo de 4è de couverture? Je porte des lunettes à temps complet depuis, alors aucun regret ! J’avais plutôt peur de la photo en 1ère de couverture... Mais je crois qu’elle n’est pas mal, non ? Et, comment cela se fait-il que ça ait mis si longtemps à être réédité? Surtout que depuis, tu as enchaîné les succès et que le retirage aurait vit été épuisé… Et en parlant de tirage épuisé, ça flatte l'égo de l'auteur. Mais ces premiers Série Noire, n'aimerais-tu pas les voir remis à l'office? Ça, c’est une question qu’il faut poser chez Gallimard ! Parlant succès, épuisement du retirage à vitesse infraluminique, j’enchaîne avec la question suivante. L’ego (forcément surdimensionné) de l’auteur est flatté, mais n’ignore pas qu’un tirage épuisé n’est pas toujours synonyme de tirage vendu dans sa totalité; retours défraîchis, destockage, etc., il n’est pas rare que les ventes totales correspondent en fait à la moitié du tirage original. Continuant sur le succès, je ne suis pas (trop) malheureux - mais si quelques dizaines de milliers de nouveaux lecteurs se ruaient sur mes livres, je ne dirais pas non ! Cette même horde sauvage et enthousiaste est même cordialement invitée à réclamer le retour de mes autres Série Noire en Folio; “Zaune” est prévu, mais quand... Ce livre est vraiment un tournant car après, on te trouve chez Rivages… on change de crèmerie? C’est le crémier en chef qui avait changé, et il a refait ses rayonnages selon son goût. Mes ouvrages suivants n’en faisant pas partie, j’ai donc dû remonter le boulevard Saint-Germain et même changer d’arrondissement. Les non-parisiens étudieront un plan de la capitale avec l’annuaire des éditeurs sur les genoux pour constater qu’à quelques exceptions près, l’auteur en mal d’édition n’a pas trop de chemin à faire ! Parlons un peu du livre : Santa Cruz de Natividad… totalement inventé où tu as traîné tes guêtres dans des endroits aussi accueillants? Je n’ai pas, mais alors pas du tout l’esprit routard, sac aux pieds et pataugas au dos (ou le contraire), et, sans prétendre ne passer mes vacances que dans des palaces en zone civilisée, l’aventure “jungle” ne me tente pas. Donc, j’avoue n’avoir jamais fait de la pirogue au Brésil et alentours - pas plus que je n’ai protégé le Président ! Santa Cruz de Natividad est née d’une phrase (voir plus haut), des rêves que font tous les gosses à propos de l’Amazonie (les poissons carnivores qui vous nettoient un bœuf en trois minutes, les Jivaros réducteurs de tête, l’enfer vert étudié à l’école et l’histoire des conquistadores, sans oublier Tintin et l’oreille cassée), de plaisirs cinéphiliques (“Aguirre” et “La forêt d’émeraude”, vous vous en doutiez), et de la vision d’un reportage à la télé dans la série “Les derniers far-west” (je ne garantis pas l’exactitude du titre) sur une ville minière champignon en Amérique du Sud... Toi qui étais assez Paris/banlieue, comment ça t'es venu, ce dépaysement? Tu avais envie de vacances et tu as rêvé? ... alors question dépaysement, j’étais servi - mais question rêve, c’était plutôt un cauchemar. Je l’ai déjà dit, j’aime changer à chaque livre, alors pourquoi pas faire un polar dans la forêt amazonienne ? Certains me l’ont d’ailleurs reproché (comme d’autres d’avoir taquiné récemment la politique-fiction); je trouve cela un peu désolant: pas de frontières à l’imagination... tant que celle-ci ne raconte pas n’importe quoi sous prétexte de liberté, bien sûr. Il serait dommage qu’un genre turbulent comme le Noir fasse les mêmes erreurs que la Blanche en ressassant toujours des histoires identiques (j’exagère, je sais). Et pourquoi n'avoir pas fait d'autres bouquins dans cette veine? J’aime changer, voir ci-dessus ! Mais peut-être que j’irais refaire un tour en des contrées dépaysantes un de ces jours, qui sait... En parlant d'autres bouquins, où en es-tu en ce moment? Pour l’instant, classique retour en ville bien de chez nous, à paraître en janvier 2001 chez Rivages/Noir pour bien (j’espère) commencer l’année. Cela s’appelle “CHATON (TRILOGIE)” - et je n’en dirais pas plus par superstition. Après, j’hésite à déclencher la guerre nucléaire avec des missiles tricolores, lâcher un nouveau tueur dans nos rues, raconter les origines (je n’ai pas dit les racines) du mal dans l’Humanité (nous, pas le journal) sous forme d’essai philosophique - tout cela après avoir refait les peintures et posé de la moquette dans ma nouvelle chambre. Des choses à rajouter? Je rajoute que les oursons et les oursonnes ne doivent pas s’inquiéter : je pense aussi à eux ! Merci bien Merci bien aussi. |
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| A propos de Chaton, trilogie Interview ursidochatonesque parue dans L'Ours polar n°18, 2002 | |||
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Au début, j'ai eu peur, je pensais "Chaton… qu'est-ce qu'il nous fait le père Oppel? Et je voyais un roman mièvre, du style photo de calendrier des PTT avec les chatons dans la corbeille en osier (mais là, j'avais pas tort, tout compte fait). Alors, d'où vient ce "Chaton"? Ce livre, qui tourne autour d'une trilogie en écriture (procédure policière-noir-thriller), comment cela est-il né? Et ce personnage de Chaton (dont au début, avant de connaître l'homme, on trouve le surnom ridicule et en totale inadéquation avec le personnage)? J’avais prévu de me lancer dans les sous-marins nucléaires et l’ami Chaton m’est tombé dessus sans prévenir, juré - pas derrière un pilier à Notre-Dame, mais au cinéma devant la bande annonce de “Scream 3”; ladite bande annonce énonçait les principes des trilogies de films d’horreur, et j’ai eu un flash (en quatre couleurs) sur la même chose appliquée au polar. J’ai aussitôt repensé à trois livres de Barry Gifford (dont je recommande la lecture à la suite; c’est paru aux éditions Rivages, excellent éditeur déontologiquement irréprochable !), “Sailor et Lula”, “Jour de chance pour Sailor” et “Rude journée pour l’homme léopard” qui, à mon avis, ne sont qu’un seul et même livre en trois parties retraçant la saga du couple Sailor et Lula. Tentation de faire moi aussi trois bouquins... tentation vite abandonnée: quand j’écris une histoire, tout se répond au long des pages, je ne peux pas m’en empêcher; alors, j’ai eu peur que le lecteur (ou la lectrice) trouve des passages écrits bizarrement et doive attendre la parution du tome suivant pour comprendre. Je ne suis pas sûr que François Guérif aurait publié les trois tomes en même temps... Donc, retour au roman unique en trois parties - évidentes pour une trilogie polar: les trois courants majeurs du genre. Cela me permettait aussi d’explorer une nouvelle façon d’écrire plutôt que de revenir à une technique classique d’enquête seule façon “Ténèbre” ou de thriller pur à la “Six-Pack”. Le sujet m’a été soufflé par notre actualité brûlante (c’était en juin 2000) rapport aux affaires, actualité qui a accompagné l’écriture jusqu’aux épreuves finales. Le personnage principal est sorti d’une photo qui trône en permanence sur mon bureau (oui, celle que l’Ours m’a réclamée), alors Chaton, petit nom tendre ou mièvre selon chacun, en totale opposition avec le ton du récit surtout, j’ai adopté ! Et cela me permet d’enchaîner idéalement avec a question suivante... Toujours sur ce sujet "Chaton", tu trouves pas que le titre aurait été plus approprié pour la Souris Noire??? …pourquoi un polar devrait-il toujours avoir un titre “noir” ou brutal ? Meurtre, danger, feu, sang, peur (une bise à Michalski en passant, il comprendra !), enfer, etc... Changeons de temps en temps ! Et pour la Souris Noire, elle avait déjà un chaton dans la souricière, j’aurais fait doublon ! Où je trouve que tu es fort, c'est que François Guérif accepte une telle couverture… Comment ça c'est passé? Ne me donnez pas plus de force de persuasion que je n’en ai ! Je respecte le travail de l’illustratrice en chef (et les avis du directeur de collection), je n’ai fait que proposer. S’ils m’avaient dit que ce serait redondant ou tout autre raison valable, je n’aurais pas insisté. En fait, j’ai proposé deux photos possibles: le trio de minets sur couette, et celle qui fait donc la couverture - collection personnelle de l’auteur: une heure à plat ventre sur le plancher de mon salon, 400 ASA, 125ème de seconde à l’obturateur, 50 mm pleine ouverture à 1,7; Christian Zuber peut aller se rhabiller ! Je plaisante... L’Ours devrait lancer un concours: sachant qu’il y a des chats nommés dans ce livre, lequel (laquelle) figure en couverture ? Quant à savoir pourquoi Guérif a accepté, il faudra le lui demander ! Trêve de plaisanterie et attaquons dans le vif du sujet. Au début du livre, le ton est sec, les descriptions aussi sèches que précises, c'est une sorte d'épure descriptive… un petit hommage à Manchette? L’un de mes deux pères fondateurs, on ne se refait pas ! Rien d’autre à dire, sinon qu’il est toujours agréable de constater par une question d’interview qu’on n’a pas travaillé le style en vain. Et si au lieu d'avoir des chats, tu avais eu des poissons rouges, crois-tu que ce livre aurait existé? Aucune chance ! Une fois de plus, c'est très touffu et documenté… alors tu as beaucoup travaillé avec le Commandant Pagan (on y retrouve des extraits de son bêtisier, d'ailleurs) ou tu y a été au bluff? Idem pour la bourse, mais tu ne remercie pas Jean-Pierre Gaillard en direct du palais Brognard… Préfèrerais-tu les discussions avec Pagan? Ton portrait des traders, "terme qu'ils prononcent "trédeure""… ah, toi non plus tu ne les aime pas !! Même méthode que pour “Cartago”: du vrai, du faux, du supposé vrai, des expériences personnelles. Outre que j’écouterais Pagan raconter son boulot pendant des heures, j’ai participé à deux films documentaires sur la Bourse - j’ai pas tout compris ! Mais j’ai retenu certaines choses; j’ai eu la chance de filmer dans le palais Brongniard et dans une charge d’agent de change (“trédeurs” observés en milieu naturel - j’ai plutôt adouci le trait !), et puis... et puis je me suis cogné les pages saumon du Figaro pendant quelques semaines, avec en prime une ou deux revues boursières mensuelles. Dire que c’est une lecture passionnante, heu... Par contre, entre boire un pot avec Jean-Pierre Gaillard et papoter avec le commandant Pagan, y’a pas photo ! "Corruption d'élus, alimentation de caisses noires, transferts de fonds plus ou moins légaux…" Si le monde était plus propre, tu ne ferais plus de polar? Éternel dilemme de l’auteur polar: si le monde était beau et bon comme je le souhaite, je serais au chômage ! Alors j’irai élever des kangourous en Australie... Mais comme on les élève pour en faire des boîtes de nourriture pour animaux, je suis sûr que je trouverai là matière à polar ! Ta vision de Missoula est en totale contradiction avec celle, complètement désabusée, de Michel Embareck… Tu en gardes donc un excellent souvenir? D’autant plus excellent que je n’y ai jamais mis les pieds ! Chaton a "appris à prendre la mesure du temps en regardant dormir ses chats"… c'est toi? À votre avis ?! Ce livre est dédié au cinéaste Alain Berbérian (qui avait adapté Six-Pack)… Aimerais-tu qu'il adapte ce livre? Et si oui, aurais-tu un des exigences différentes de celles de Six-Pack? Pourquoi pas. N’en déplaise à ses détracteurs, il a fait du bon boulot, il est doué pour le genre (qu’on peut ne pas aimer); sans casser la baraque façon Amélie Poulain, un score aux entrées honnête lui aurait permis de persévérer dans cette veine et donc de s’améliorer, c’est en forgeant gnia-gnia-gnia... Si d’aventure il se lançait dans “Chaton”, je sais déjà comment seraient traitées certaines scènes ! Et méditons une fois de plus cette pensée de William Faulkner: “Mieux vaut un grand échec qu’un succès mineur” - question grandeur de l’échec, on a été servis pour “Six-Pack”, la vache ! Ce livre, fait un peu penser à l'excellent "L'Oeil mort" de Jean-Marie Villemot (Série Noire), l'as-tu lu? Réponse courte : non. J’avance pour ma défense un retard de lecture monumental qui s’accumule à mon chevet, des travaux stressants qui n’en finissent pas à la maison et des choses plus personnelles qui, heureusement, appartiennent maintenant au passé. Beaucoup plus léger, l'agence "Vettas et Vargier", Guiseppe Gattino, Mizioff… on fait des petits clins d'œil aux amis??? Et il y en a d’autres ! Bon sujet de concours là aussi, non ? Le plus dur, ce serait de faire des clins d’œil (d’yeux ?) aux ennemis... La question classique : mis à part souffler après ta tournée promotionnelle, que comptes tu faire en 2002 (au niveau littéraire, je précise)? En 2002, j’hésite à déclencher la guerre nucléaire avec des missiles tricolores, lâcher un nouveau tueur dans nos rues, raconter les origines (je n’ai pas dit les racines) du mal dans l’Humanité (nous, pas le journal) sous forme d’essai philosophique - tout cela après avoir refait les peintures et posé de la moquette dans ma nouvelle chambre... Ceux qui ont reconnu une réponse parue dans un précédent numéro de l’Ours ont gagné - merci Importer-Copier-Coller ! Sauf que finalement les peintures sont faites et que j’ai mis du parquet dans ma nouvelle chambre (où il reste à faire l’électricité). Des choses à rajouter? Oui. En 2002: vivre. Aimer. Écrire. Merci bien Interviews réalisées par courrier et Christophe Dupuis |
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