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On retrouve Louise Morvan, une fille qui vous plaît bien ?
Entre Louise et moi, c'est une longue histoire commencée en 1994. Au début, elle était une inconnue aux contours plutôt flous. Comme je voulais qu'elle plaise à tout le monde, je l'avais peu définie pour que Le Lecteur (cette personne qui n'existe pas vraiment mais à qui je pense quand je raconte mes histoires) puisse « l'investir ». Au fil des années, son physique et son caractère ont émergé et maintenant Louise est presque une personne de chair et de sang. Ce qui ne va pas sans mal. Juste avant Techno Bobo, les choses se gâtaient. Certains me reprochaient son côté trop glamour et, par contagion, Louise commençait à m'énerver. Alors dans ce quatrième roman, je lui en ai fait voir de toutes les couleurs. Et je crois que c'est à partir de là, en sortant de cette épreuve initiatique, en devenant aussi plus humaine, qu'elle a gagné ma sympathie. Ensuite, je l'ai mise en vacances pendant plus d'un an pour créer les personnages de Vox. Louise n'a repris du service que l'année dernière avec Strad. J'avoue avoir eu le trac. Cette peur de ne pas être capable de la faire revivre. Je crois que c'est en partie pour cette raison qu'elle mène dans ce roman une enquête presque immobile et que son amant, Serge Clémenti, tire la couverture à lui. Tout ça pour dire que mes rapports avec Louise ont été tumultueux mais que maintenant ça va plutôt mieux. Jusqu'au prochain. Où cet amour avec Clémenti va me gêner une fois de plus. Comment parler d'amour dans un polar, je vous le demande ?
Le violon, le body-art. Etait-ce deux milieux que vous connaissiez ou avez-vous fait des recherches ?
Le prof de violon de mon fils m'a donné l'idée du trafic de violon (il est également soliste et m'a raconté ce qu'un musicien ressentait pour son violon et il avait aussi un luthier dans sa famille). Quant au body-art, ça m'intéresse depuis longtemps. J'ai constaté que ces dernières années, l'utilisation du corps dans l'art avait pris une énorme importance. Peut-être parce que ce thème exprime une peur plus ou moins consciente, celle du futur de la race humaine. Rien que ça. Déjà, dans Vox mon serial killer rêvait de devenir un robot en transférant sa mémoire dans une entité cybernétique. En tous cas, violon ou body-art, ma connaissance était limitée. J'ai donc fait pas mal de recherches sur les méthodes des luthiers et récolté tout ce que je pouvais sur le body-art ou sur des thèmes satellites. J'avais conservé depuis des années un papier du Strait Times, le quotidien de Singapour, à propos d'une tatoueuse américaine souhaitant faire don de sa peau après sa mort au musée d'anatomie de l'université de médecine de Tokyo. C'est amusant de voir que des années ont été nécessaires pour aboutir à Strad. Comme me le répète inlassablement Viviane Hamy, il faut beaucoup de temps pour créer des personnages et faire émerger des histoires. Ce n'est que récemment que j'ai enfin compris (de l'intérieur et pas seulement en théorie) ce qu'elle voulait dire par-là.
En parlant de recherches, Louise Morvan est une véritable adepte d'Internet où elle trouve tout. Et vous ?
Pour Louise, c'est plausible d'autant qu'apparaissent depuis peu des cyberdétectives. J'ai repéré des reportages sur quelques Français exerçant ce métier. C'est vrai que j'utilise beaucoup le net mais pour Strad, j'ai eu recours aux bons vieux livres imprimés parce qu'il me fallait ingurgiter des tas d'informations et que je ne comptais pas m'arracher les yeux sur écran. Il me faut aussi préciser que je suis un peu comme Louise au moins sur un plan : elle est intuitive et c'est souvent ces infos enregistrées inconsciemment qui remontent au bon moment pour qu'elle trouve le fin mot de l'histoire.
Pour revenir sur le body-art. Etes-vous une adepte d'Inoshi III ?
Inoshi III, maître tatoueur japonais de troisième génération à belle gueule de pirate. Il existe mais pas exactement sous ce nom. J'avais lu un portrait de lui dans le Strait Times (encore lui) alors que je vivais à Singapour. Etait-ce dans le même numéro que celui qui mentionnait la tatouiste américaine ? Je ne sais plus. En tous cas, ce tatoueur dormait dans mon classeur à documentation depuis des années, lui aussi. Et je n'avais pas la moindre idée de ce que j'allais faire de lui. Je crois qu'il faut se laisser imprégner par les choses. Je suis une éponge. Slurp.
A un moment, Louise a une belle phrase en disant "J'aime les moments où la réalité se froisse légèrement" et vous ?
Alors là, oui ! C'est même après ces moments que je cours tout le temps pour les glisser dans mes romans. Et si je m'approche en faisant trop de bruits, ils s'évaporent comme des oiseaux. En fait, le moment que je préfère dans Strad est celui où Louise a une conversation téléphonique avec ce type qu'elle espionne jour après jour et qui exerce une attraction de plus en plus forte et étrange sur elle. Il ne l'a jamais vue, il est dans les ennuis jusqu'au cou et ne sait pas ce qu'elle lui veut. Alors la musique s'installe entre eux et devient le vecteur de leur dialogue. Ils se parlent en utilisant les paroles d'une chanson des Beatles qui m'a toujours fascinée. Happiness is a warm gun. En plus, ça me semblait intéressant de confronter l'univers de la musique classique à celui des Beatles. Qui plus est : je venais de m'apercevoir qu'on reparlait d'eux beaucoup ces derniers temps. Là, il ne s'agit plus de réalité qui se froisse mais de réalité qui vibre. Et on se sent au centre de cette vibration très fugitive et c'est ça qui donne tout le plaisir.
Le jeune flic qui travaille sur son polar. A un moment, on en lit un extrait et c'est vraiment pas bon... une méchanceté envers les flics qui écrivent (je parle de ceux qu'on retrouve au Prix du Quai des Orfèvres, pas des bons comme Pagan).
Non, ce n'est franchement pas de la méchanceté d'autant que je n'ai jamais lu un seul Prix du Quai des Orfèvres. J'ai rencontré deux officiers de l'OCBC (office central de lutte contre le trafic de biens culturels) pour mon travail préparatoire et ils n'ont pas voulu me révéler grand chose de leurs méthodes. Classique. En revanche, ils m'ont raconté deux ou trois bricoles que j'ai utilisées après les avoir bidouillées. Par exemple, l'un d'eux m'a dit qu'ils ne travaillaient pas dans leur secteur par hasard mais par goût. L'un était guitariste, l'autre avait un autre passe-temps en rapport avec les arts. Là-dessus, m'est venue l'idée d'un personnage de flic divorcé qui écrirait à ses moments perdus. Il collaborerait avec Louise pour les besoins de l'enquête, ils se stimuleraient mutuellement. En fait dans la première version, ils couchent ensemble. Après réflexion, j'ai trouvé plus intéressant d'empêcher le passage à l'acte. Du coup, le flic essaie de sublimer dans l'écriture. Quand il est avec Louise, il écrit dans sa tête à propos des émotions qu'elle suscite en lui et des ébats qu'ils pourraient vivre ensemble. Evidemment dans des conditions pareilles, on peut espérer pour lui que cette ébauche est moins bonne que ce qu'il écrira par la suite une fois rentré chez lui. Là aussi, c'est une façon de regarder la réalité se froisser. Il faut aussi rappeler que ce flic « a oublié d'être moche », dixit Louise. Et qu'il ressemble étrangement à un auteur aperçu jadis lors d'un festival à Saint-Malo. Un véritable écrivain celui-là. A qui je n'ai pas dit un mot et a fortiori une phrase comme « happiness is a warm gun ». Il me faut aussi préciser qu'avant de me lancer dans l'écriture de mon premier roman, il y a des années de cela, j'avais tendance à réécrire scènes et conversations dans ma tête.
Argenson a une bonne théorie sur les Pokémons et le partage des moments en famille... ça sent le vécu, ou je me trompe ?
En plein dans le mille. Vous ne vous trompez pas plus que lorsque vous citez cette phrase apparemment anodine sur la réalité froissée qui est en fait le cœur de cette histoire. Un battement très léger, presque inaudible. Mais central tout de même.
De plus, j'avoue avoir l'esprit de contradiction. En France, tout le monde déteste les téléphones portables et les Pokémons mais moi, j'adore ça. Je ne vais pas développer sur les mobiles. Mais les pockets monsters sont très intéressants. S'ils ne l'étaient pas, des milliards de mômes n'y auraient pas adhéré (idem pour Harry Potter que j'ai lu tout récemment, Rowling est un génie ! ). J'ai vu tous les épisodes Pokémon sur DVD avec mes enfants. Et non seulement, j'ai trouvé ça très drôle mais en plus très utile. Une vaste quête initiatique qui véhicule des valeurs très positives. Les Pokémons m'ont fait rêver et m'ont inspiré une nouvelle à la limite du fantastique sur Tanger dont le héros était... un écrivain en panne d'inspiration. Les Pokémons ou les Harry Potter sont passionnants parce qu'ils nous informent sur ce qui intéresse des gens à l'esprit ouvert, et ce toutes cultures confondues : les gamins de la planète. Comme une traînée de poudre qui ferait le tour du monde à toute allure. Ces derniers temps, mes enfants et moi nous intéressons moins aux Pokémons. Nous les délaissons au profit des Powerpuff girls, des superhéroïnes qui, quand elles ne sont pas à la maternelle, sauvent leur ville de monstres hideux et mégalomaniaques. C'est complètement déjanté.
Vous insistez sur Françoise Dorléac dans L'homme de Rio... une actrice et un film qui vous ont marqués ?
Je suis née en 57. Quand Belmondo était un jeune premier en noir et blanc, j'étais une môme en couleurs. J'adorais son genre et cette façon qu'il avait d'empoigner le français, de rester debout face à un dinosaure magnifique comme Gabin, et puis son côté funambule grande gueule. Dans ses meilleurs films, A Bout de souffle, Le Doulos, Un singe en hiver ou L'homme de Rio, il a ce qui me trouble chez un homme : la grâce voire une certaine fragilité presque féminine mêlée à la virilité. Quant à Dorléac, c'est la même chose mais au féminin. Elle est légère, insaisissable mais généreuse. Elle est comme un ange un peu casse couilles qui passe. Et qui meurt en laissant derrière elle, un sourire taquin, une trace d'énergie pure. Le charme sûrement. Elle devait très bien froisser la réalité, la Dorléac. Quant au film L'homme de Rio, je ne l'ai pas revu depuis des lustres mais je garde le souvenir d'un scénario drôle et élégant qui file à toute allure. Baigné de musique chaude. Et sans prétentions. Il y a une certaine innocence dans ce film. Et à la fin, le type se retrouve dans la grisaille du début. Et c'est presque à se demander s'il n'a pas rêvé. Comme le photographe dans Blow up, un autre film d'un tout autre genre que j'aime beaucoup.
La question classique pour finir : quels sont vos projets (d'écriture, si possible) ?
Arriver à finir mon septième roman. Une histoire impossible, la suite de Vox, que j'ai écrite pour me rendre compte au dernier chapitre que ça n'allait pas. Mais comme elle m'obsède, je ne peux pas la lâcher. Je vais recommencer. J'ai toujours eu un mal fou à construire une histoire. C'est comme si elles existaient déjà et que je sois obligée de creuser un tunnel (dans le noir, forcément) à mains nues pour les atteindre, les dégager de leur gangue. J'exagère un peu mais c'est l'idée générale. Et c'est de pire en pire. Et puis, il y a un autre personnage qui a fait plop dans ma tête il y a quelques temps. Un enfant. J'ai vu aussi tous les gens qui l'entourent, très clairement. Et le début, et la fin de l'histoire mais le milieu est salement flou. Et je ne sais même pas s'il s'agirait d'un livre pour enfants ou adultes. S'il existait une troisième catégorie, ça m'arrangerait bien. Bref, à part penser à des romans potentiels et trouver ce que je vais faire à manger demain, et savoir quand je vais trouver un moment pour repasser le linge et la réalité (froissée), je n'ai pas d'autres projets. Je suis monomaniaque, je crois.
Merci bien
Au revoir Christophe Dupuis,
(Dominique Sylvain / Le 10 mai 2001 - interview réalisée par Christophe Dupuis par courriel)
A propos de Cobra
Lors de notre première interview, vous me disiez à propos de vos travaux en cours "Arriver à finir mon septième roman. Une histoire impossible, la suite de Vox, que j'ai écrite pour me rendre compte au dernier chapitre que ça n'allait pas."... Alors, ça a été dur de le boucler ce livre ?
Dans le fond, je crois que c'est toujours la même histoire. A bien y réfléchir, je ne pense pas qu'une seule de mes histoires me soit venue facilement. Sans vouloir faire dans la métaphore un peu agaçante de « bonne femme », je dirai que c'est vraiment comme un accouchement. On se souvient qu'on a eu mal mais on a oublié l'effet exact de la douleur. Disons que c'était comme à chaque fois douloureux et jubilatoire. J'étais obsédée par le sujet mais pas sûre de moi et à chaque fois que j'essayais de ramener l'histoire dans un territoire plus « logique », ça m'était impossible. Il y avait une idée tout au fond d'un puits et je devais aller la chercher profond. Bon, quand je parle de douleur, j'imagine que j'agace. Et c'est bien normal. Parce qu'il faut rester raisonnable. On ne souffre pas en écrivant bien sûr, la vraie souffrance c'est bien autre chose. Mais on est tout de même dans un état un peu pénible. Et pour soi et pour l'environnement, familial notamment.
D'où est parti ce livre ? L'envie de continuer avec ce trio d'inspecteurs ? Le Cobra ? ?
C'est parti d'un article dans un magazine sur la recherche de médicaments à partir de venins de serpents mais aussi de scorpions. De là m'est venue l'idée de parler du milieu de la recherche pharmaceutique. D'autre part, j'avais envie de retrouver Alex Bruce. Dans Vox, c'est l'histoire qui compte avant les personnages. Cette fois, j'avais envie d'approfondir et de prendre mon temps pour partir à la recherche de ces trois personnages auxquels je m'étais attachée mais qui en même temps restaient assez mystérieux. Pour Lewine, je me suis forcée à creuser profond peut-être parce que des trois, elle est le personnage qui m'est le moins sympathique. Mais il n'était pas envisageable de travailler sans elle. Et enfin, j'avais envie de travailler sur le thème du sommeil. Dans Strad, le roman précédent, j'avais créé une aventure pour Louise dans laquelle j'avais tenté le coup de l'enquête « immobile. » Le privé seul dans sa planque, qui bouge à peine, qui se débrouille pour faire bouger les autres à sa place et récupérer des informations comme Nero Wolfe, qui n'est qu'un œil comme James Stewart dans Fenêtres sur cour. Pour Cobra, j'ai eu envie de pousser le bouchon encore plus loin et d'utiliser l'enquêteur qui dort. J'avoue que je me suis amusée comme une petite folle. J'ai une certaine affection pour les sujets absurdes ou à la limite du fantastique. Enfin, le choix de la bête cobra. C'est sans doute parce que quand je vivais à Singapour, c'est un animal dont on entendait parler souvent. Cette anecdote, par exemple. Des gens avaient fait appel aux flics pour qu'ils les débarrassent d'un cobra noir cracheur de venin qui dormait sous un pot de fleur. Il y avait un brave lieutenant qui tenait la bête en joue avec un flingue, malheureusement la scène se passait devant une très grande baie vitrée. Je ne sais pas comment ce type s'en est sorti.
Le livre commence par l'ode à la Tequila faite par le Cobra. La Tequila, une de vos boissons favorites ?
Non, je préfère le vin ou le champagne. Mais j'avoue que pour écrire cette scène, je suis allée fouiller mon bar. J'ai heureusement trouvé une bouteille de tequila et je m'en suis servi un verre. Et puis peut-être bien un autre. Pour trouver le parfum. Pour mieux parler de la couleur, des images qu'évoquent la tequila, pour bien décrire l'étiquette. Pour éprouver cette chaleur dans la gorge et dans le ventre bien particulière. J'ai ensuite creusé la question quant à sa fabrication, l'histoire de la fleur de l'agave m'a vraiment séduite. Une fois bien imprégnée, c'est le cas de le dire, j'ai écrit ce premier chapitre. Que j'ai voulu incantatoire.
S'en suit la description des souffrances liées au Nux vomica... pourquoi tant de haine ?
Je ne peux pas répondre parce que expliquer la source de cette haine m'amènerait à dévoiler l'intrigue. Disons que j'aime creuser un sujet avant d'écrire quitte à laisser tomber ensuite 70% des informations recueillies. C'est vraiment une question d'imprégnation. Si, si.
En parlant du nux vomica, les lazaroïdes, l'étude des venins... vous avez travaillé là-dessus ?
Oui, j'ai acheté tout un tas de bouquins sur la toxicologie clinique mais aussi sur les recherches de l'Institut Pasteur en matière de venins et sur les comas. Je ne travaille pas efficacement si je ne peux pas nourrir mes idées de départ et ensuite rêver avec ce que j'ai recueilli.
Et en parlant de documentation, votre livre est très fouillé sur les différents aspects de l'investigation policière. Comment travaillez-vous ? Vous vous documentez ? Vous suivez les flics sur le terrain ?
Au fil des années, j'ai constitué une documentation sur les techniques de la police scientifique, sur l'organisation de la Crime, etc. On y trouve un peu de tout comme des témoignages de professionnels, celui de la commissaire Mireille Ballestrazzi par exemple, ou des ouvrages très ennuyeux sur la balistique. On y glane des données essentielles du type : « le mentonnet échappe à la molette de détente, libérant le chien (wouarf !) qui va percuter la cartouche.» Percutant, en effet. Et puis j'ai rencontré des flics de différents styles, un détective privé solitaire et mystérieux, un plongeur de la Brigade fluviale très sympa, un substitut du procureur, un gendarme à la retraite, entre autres. Ce qui est intéressant dans ces rencontres, c'est bien sûr l'information technique mais aussi tout ce qui peut jaillir d'inattendu. La petite phrase, le souvenir, le geste.
Le kung fu et le style du serpent, "doux et redoutable à la fois", c'est votre devise dans l'écriture ?
Peut-être bien. C'est curieux que vous pointiez cette phrase parce que je crois bien qu'après l'avoir écrite je me suis dit que ça correspondait peut-être à une de mes façons de faire. En fait, je n'aime pas les livres tout d'un bloc. Genre « attention les mecs, je vais vous pondre un roman noir de chez très noir, accrochez-vous, ça va libérer le chien (wouarf !) et percuter le mentonet et la molette ! ». J'aime bien le noir, oui, mais je trouve qu'on le mets mieux en valeur en jouant aussi sur les camaïeux de gris ou sur l'absence de couleur, sur le vide. Et puis un des plus beaux personnages de criminels que je connaisse c'est celui du tueur professionnel dans Killshot de Elmore Leonard. C'est pour ça que j'évoque ce livre dans Cobra. Ce type est un Indien. Il est redoutablement efficace mais il y a une béance en lui, il aspire à un monde perdu. Il a une curiosité des êtres et c'est ça qui le fragilise. En plus Leonard le fait exister à côté d'un abruti de première, un psychopathe qui lui se pose beaucoup moins de questions et qui est beaucoup moins intelligent aussi (forcément). Techniquement c'est très fort. Mais en plus, c'est émouvant.
Si je n'avais pas lu le Dictionnaire du superflu... (Seuil) de Pierre Desproges je n'aurai jamais su ce qu'était le zeugma... Vous en faites un joli avec "Bruce prît les choses comme elles venaient et Victoire dans la foulée"... C'est une figure de style qui vous amuse ?
Oui et non. La vraie raison de ce choix c'est que je ne voulais pas de scène érotique entre Bruce et Victoire. Quelquefois je vais un peu plus loin. Quand c'est nécessaire. Mais là, il fallait que Bruce garde tout son mystère. Pour le lecteur et pour moi. Et puis, Bruce en couchant avec Victoire n'est pas sûr de son choix. Il est très chaviré dans ce livre, l'angoisse de la mort le tenaille à travers l'accident de Victor Cheffert. Victoire est un épisode. Et puis pour moi, Cobra marque un tournant ou un simple virage, je ne sais pas encore. Je suis en train de travailler sur mon prochain livre et le postulat de départ c'est qu'il n'y aura pas de scènes de sexe. La plupart du temps elles me viennent naturellement et je me suis demandé souvent si l'énergie que l'on déploie pour écrire n'était pas très proche de l'énergie sexuelle, mais bon, c'est un autre sujet. Quoi qu'il en soit, no more sex pour la suite. Parce que je voulais que toute cette énergie soit disponible pour autre chose. Le lyrisme. C'est ça qui m'intéresse en ce moment. Même si le premier chapitre de Cobra peut paraître violent voire cruel, en fait il n'en est rien. Mon idée de départ, c'était d'écrire une scène lyrique. Et pour moi, c'était une ouverture.
L'image des trois petits singes (ne rien voir, ne rien dire, ne rien entendre)... A votre avis, c'est la meilleur représentation de la lâcheté ?
Je ne sais pas si c'est la meilleure mais en tous cas c'est une très bonne représentation. Et puis, c'est une image symbolique qui fonctionne bien puisqu'elle est inscrite dans ce que j'appellerai notre inconscient collectif (je ne suis pas sûre que ces théories sur l'inconscient solo ou collectif soient très scientifiques mais je n'ai pas de meilleure expression sous la main). J'aime parfois travailler sur les évocations plutôt que sur les descriptions ou les explications. Il y a des mots qui génèrent des images chez le lecteur et je les utilise pour aller plus vite ou pour provoquer une émotion. C'est le pendant du travail sur le rythme et le style incantatoires.
Un de vos personnage dit "En jouant avec les images, les mythes, en laissant se faire les associations inconscientes, on ne s'ennuie jamais"... cette définition pourrait-elle s'appliquer à votre inspiration ?
Oui parce que dans ce que j'écris, une partie est inconsciente. Chaque histoire est écrite, il faut aller la chercher, la sortir de sa gangue. Ensuite, à la relecture je découvre des liens que je n'avais pas perçus au préalable. Et ça me surprend toujours. Il faut préciser que j'ai rajouté cette phrase au moment où je retravaillais le premier jet, justement parce certaines de ces associations inconscientes ne m'étaient apparues qu'à la fin de la première relecture.
Vox, Strad, Cobra... tous les titres de vos derniers polars claquent comme des coups de fouet, c'est volontaire ?
C'est peut-être un hommage à Elmore Leonard qui a des titres très courts. Mais un détail me dit que j'arrive effectivement à un tournant : mon prochain roman s'appellera « Un chat sans bouche ». C'est vraiment un sacré long titre.
Je vous vois venir avec vos histoires de coups de fouet, Christophe Dupuis.
Moins sérieusement, la scène de domination entre Lewine et Kril, c'est histoire de varier les plaisirs ? Préparer une reconversion littéraire ?
Cette scène sado-maso, je l'ai écrite à la fin. J'en avais eu l'idée sans trop savoir pourquoi - cette tendance de Lewine est évoquée dans Vox mais on ne s'attarde pas, a priori je ne comptais pas creuser la question. J'avais laissé ça de côté en me disant que Lewine était suffisamment claire sans ça mais j'avais un doute. Le genre de doute qui énerve. Quand j'ai donné ma première version à Viviane Hamy, elle m'a dit que quelque chose manquait du côté de Martine Lewine sans qu'elle puisse dire quoi. Alors je lui ai parlé de cette scène érotique en me disant qu'elle allait sauter au plafond. Pas du tout, Viviane est restée bien tranquille sur sa chaise et m'a dit : « Ah oui, c'est ça ». Je lui ai dit : « Vous êtes sûre, Viviane ? Je pensais que ... enfin, bon, je n'étais pas sûre...». Elle m'a dit : « Dominique, j'aurai toujours tendance à vous pousser dans vos retranchements plutôt qu'à vous retenir ». Là-dessus, j'ai demandé : « Retranchement ou planche savonneuse ? ». « Planche savonneuse, si vous préférez ». « L'idée que vous me poussiez sur une pente savonneuse me plaît beaucoup Viviane. Beaucoup ». Et nous nous sommes souri.
Et la petite phrase anodine à propos de Game Boy "ton bidule, tu le reverras quand les C+ se transformeront en A"... vous aimez placer des petites phrases "familiales" dans vos romans ?
Ça, c'est la vie qui déborde comme le lait dans la casserole. A 16h30 pétantes, je cesse d'écrire, un peu comme Cendrillon obligée de laisser tout son bazar en plan pour rentrer faire la souillon en cuisine. A 16h30, je vais chercher mes gniards à l'école. J'ai vécu mille saisons avec eux. Celle des gameboy, celle des Pokémons, celle des cartes Magic, celles des batailles intersidérales à coups de Lego, celle des Red Alert et autres cyberjoyeusetés. Il m'est impossible de vivre en dehors de l'écrit, ou d'écrire en dehors de la vie. La mienne, celle du quotidien. Les choses se mélangent parfois, c'est inévitable. C'est comme la fois où j'ai tué un chat en le mettant dans un four avec fonction pyrolyse à 350C° ; c'était pour Strad. Voilà ce qui arrive quand on fait la cuisine de tous les jours pour la famille. Dans Cobra, il y a la recette de la soupe au potiron et au boudin. J'ai déjà confectionné cette soupe à la maison. Mais cette soupe est plus qu'une soupe, on le sait bien. En fait, j'aime vraiment le quotidien. Passer l'aspirateur et emprisonner un brick lego dans le réservoir, me mettre sur la pointe des pieds pour respirer un arbre en fleurs, rajouter un tour de moulin à poivre quand la soupe est servie.
En repensant aux serpents, au venin... avez-vous lu Le Serpent de Sydney de Michael Larsen ? Et qu elles ont été vos dernières lectures ?
Non mais j'ai tourné autour dans plusieurs librairies avant d'abandonner l'idée d'achat et de me dire que si je devais écrire sous influence ce serait avec des romans moins directement en rapport avec mon sujet. Je suis en train de lire le dernier Elmore Leonard qui s'appelle Tishomingo Blues. En même temps, je lis Au bord de l'eau, un classique chinois parce que c'est directement en rapport avec mon prochain roman - en plus c'est magnifique. J'ai lu les nouvelles de Haruki Murakami Après le tremblement de terre. Et j'ai le dernier Ed McBain qui m'attend, Money, money, money ça s'appelle. Voilà un beau titre incantatoire ou je ne m'y connais pas.
Et le classique de chez classique : sur quoi travaillez-vous en ce moment et quels sont vos projets ?
Je travaille sur Un chat sans bouche et j'ai presque fini la première mouture. Je suis sur un petit nuage. Amoureuse de mon histoire, celle d'un plongeur qui cherche l'assassin de sa femme en Asie, dans des pays où j'ai vécu ou voyagé. Je reviens sur mes souvenirs, des souvenirs très directs pour la première fois. J'ai aussi en projet le scénario d'une série policière pour la télévision mais les choses en sont vraiment au commencement du commencement.
Merci bien
C'est toujours un plaisir.
Interview réalisée par Christophe Dupuis par courriel en 2002
Cette double publication simultanée (n'est-ce pas un brin redondant) est pour nous l'occasion de poser quelques questions à Dominique Sylvain, qui était de passage en France…
Alors, Baka, 12 ans plus tard, vous le reprenez, pourquoi?
DS : C’est l’occasion qui a fait le larron. « Baka ! », paru en 1995, était épuisé et mon éditeur envisageait de le republier. Je l’ai donc relu, et me suis aperçue qu’il avait du travail en perspective. Les motivations des personnages manquaient de réalisme. Du coup, en les rendant plus claires et plausibles, le récit a gagné en force. J’ai aussi modernisé l’ensemble, téléphones portables et Internet obligent. Enfin, j’ai modifié l’attitude de Louise Morvan. Elle m’a semblé bien arrogante face aux Japonais. Je l’ai humanisée, je crois. Et puis je vis de nouveau au Japon depuis quatre ans et ma connaissance de Tokyo s’est nettement améliorée. Et en douze ans, j’ai fait des progrès en matière de style et de construction. Baka ! avait certes le charme frais des premiers romans mais aussi tous les défauts. Pourquoi republier un roman plein de défauts ? En relisant mon texte, un tas d’idées m’arrivaient. C’était presque impossible d’y résister.
Certains auteurs considèrent qu'un livre est fini (d'autres que jamais) et disent que c'est comme une peinture exposée dans un musée, on ne va pas venir pour faire une petite retouche de couleur… et vous ?
Je n’aurais pas particulièrement eu envie de réécrire les suivants. « Baka ! » m’était resté en tête comme une esquisse, mais certainement pas comme un roman abouti. Et en fait, emportée par mon sujet et la joie des retrouvailles avec Louise Morvan, j’ai écrit une histoire finalement très différente. Et je ne le regrette pas. Ça a été une expérience jubilatoire. Les personnages étant renforcés, je me suis autorisée tous les décollages quant à l’ambiance et aux scènes oniriques.
Comment s'y prend-on pour revenir sur un livre (désolé, je n'ai pas eu le temps de lire comparativement les deux versions pour voir tous les changements) ? On change un mot par ci par là, ou on fait le grand nettoyage, bien que, visiblement ce soit un grand nettoyage car les avancées technologiques, les euros et références bibliographiques (Murakami Kafka sur le Rivage est sorti en 2006) sont toutes au goût de 2007 !
Avant tout, on refait un plan. On supprime des personnages sans grand intérêt, on en invente d’autres. Dans la première version, le jeune homme sur lequel enquêtait Louise était un fils à papa assez vain. Je lui ai donné une envie de se battre, de refaire sa vie dans un autre pays. Le comédien dont tombe amoureuse Louise était un acteur de télé à l’origine. Je lui ai donné une dimension supplémentaire en en faisant aussi un comédien de rakugo, c’est-à-dire un conteur traditionnel. J’ai introduit un chef yakuza, Boss Gonzo, un personnage plein de gouaille que j’avais inventé pour un scénario de série qui n’a jamais abouti. Du coup, je lui ai inventé un gang. J’ai fondu certains personnages en un seul (l’Américain Thomson et son sbire nippon pour ceux qui ont lu la première version!, et j’en ai fait un métis américano-japonais). J’ai lâché enfin toutes émotions emmagasinées au sujet du Japon depuis plusieurs années. Et changé tous les petits détails obsolètes. En fait, le plus dur pour moi, a toujours été de trouver l’histoire. Pour la première fois de ma vie, une histoire n’attendait plus qu’une chose : que je l’écrive. J’en ai profité. Et enfin, mêmes les passages « récupérés » dans l’ancienne version ont été retravaillés.
Vous vivez toujours à Tokyo, vous avez repris l'écriture de Baka !, mais pourquoi ne pas écrire un autre livre se passant à Tokyo ?
J’étais très impliquée dans mes aventures parisiennes avec Ingrid et Lola. D’ailleurs j’ai réécrit Baka ! tout en travaillant à L’Absence de l’ogre. Du moins, en alternance. Ça a d’ailleurs été intéressant. Avec Baka ! 2, je replongeais dans une atmosphère plus sombre que dans la série Ingrid et Lola. Du coup, L’Absence de l’ogre a bénéficié aussi de cette noirceur. Ce quatrième roman de la série est un polar et une comédie mais les aspects solaires se marient avec de fortes zones sombres. Esthétiquement, c’était très inspirant.
C'était votre premier livre, ça vous a fait quoi de le relire "douze ans et dix romans plus tard"?
Ça m’a fait penser que j’avais fait des progrès notamment en matière de style et de construction. Heureusement, il ne manquerait plus que ça en douze ans ! Mais j’ai réalisé aussi qu’il ne fallait pas que j’oublie les atmosphères sombres ou oniriques.
Et qu'est-ce que ça vous a fait de retrouver Louise? Cela vous a donné envie de reprendre une aventure avec elle ?
DS : Je me suis rendue compte que Louise Morvan était vraiment une fille gonflée. Un aspect que j’avais un peu oublié. J’ai réalisé qu’elle était toujours vivante. Toujours possible.
Visiblement vous avez dit avoir presque mené de front cette réécriture et le dernier volet d'Ingrid et Lola... l'un n'aurait-il pas déteint sur l'autres (et inversement), car cette quatrième aventure d'Ingrid (L'absence de l'ogre ) est la plus noire de toutes, la moins tournée vers la comédie (même Lola reprend moins les fautes de français d'Ingrid)...
(DS Je crois qu'on peut supprimer cette question, Christophe, puisque j'y réponds avant ? Qu'en pensez-vous ? )
A moins que vous ne commenciez à vous lasser? (on pourrait le penser, quand on voit ce que vous leur faites endurer…)
DS : Lassée non, mais je sais qu’il faut que je les mette un peu en vacances. Pour leur redonner de l’énergie. Je ne veux pas tomber dans la série mécanique trop bien huilée.
Avez-vous toujours la même spontanéité pour mener le duo ?
Oui, mais disons que c’est une spontanéité très travaillée. Mais ça l’a toujours été. Même avec Passage du Désir, le roman de leur rencontre. L’idée ou les personnages font pop dans la tête spontanément, ensuite on passe par de nombreuses phases.
Avez vous une idée du nombre d'aventures que vous comptez encore écrire ?
Oh non. Je n’arrive pas à réfléchir au-delà du roman en cours. Ça m’accapare trop. Ou alors ça reste au stade de la sensation. De la petite idée qui flotte.
On y trouve un livre dans le livre avec des extraits du récit épique "le seigneur des épices", pensez-vous en publier l'intégrale un jour ?
Cest drôle que vous me disiez ça, car en écrivant L’Absence de l’ogre, je me racontais en même temps le roman de Louis-Guillaume, le gentilhomme botaniste. Je l’imaginais sur La Boudeuse, aux côtés de Bougainville en train de faire le tour du monde à la recherche d’épices rares et prêt à secouer le monopole des Hollandais. Mais je n’ai jamais abordé les rives du roman historique. J’aime trop mon époque.
Ce style (aventure, romantisme) vous plairait-il (avec un français plus contemporain)? Comme dirait Lola "je ne résiste pas à t'en lire un passage. Moi ça me met en transe. Ça sent si bon la nature, la mer, les alizés".
Il me semble qu’il y a toujours une bonne dose de romantisme et d’aventure dans mes histoires. Quand je commence un roman, je pense de moins en moins en terme de genres. Je me demande même si le choix du polar n’a pas été pour moi un prétexte, dès le départ. Ce serait sans doute la même chose avec le roman d’aventure. Dernièrement, j’ai été très impressionnée par Lunar Park de Bret Easton Ellis. Or, c’est un roman inclassable qui flirte avec le gore. Idem pour Haruki Murakami. Kafka sur le rivage est un magnifique roman qui échappe aux catégories. Et donc, je l’ai glissé en référence dans Baka ! 2 comme vous le faisiez remarquer.
Une partie se passe à La Nouvelle Orléans, après le passage de Katrina… y êtes-vous passée ou avez-vous travaillé sur documentation?
J’y suis allée il y a longtemps, avant Katrina, mais au moment du tremblement de terre de Kobe. Ça m’a marquée. Et le désastre qui touchait à son tour la Nouvelle Orléans, je l’ai ressenti d’autant plus fort à cause de ce lien. Et puis vivant au Japon, je suis très sensible aux risques engendrés par les tremblements de terre. Le thème du désastre me semblait important pour L’Absence de l’ogre. Comme j’avais l’intention d’écrire sur la quiétude des parcs et jardins et ouvrir sur l’existence d’un jardin d’éden, le thème du désastre naturel me permettait d’opposer des thèmes intenses mais inversés. C’était une question d’équilibrage. Comme dans une œuvre picturale, il y a dans un roman des diagonales qui se tracent entre les personnages, les lieux et les thèmes. Pour revenir à la documentation : j’ai utilisé Google earth. J’ai besoin de localiser mes personnages dans l’espace avant de les mettre en scène. Toujours cette idée de partir du tangible pour mieux s’échapper dans l’imaginaire.
Je sais bien que votre dernier livre vient de sortir, mais si vous avez une idée de celui à venir et si vous acceptez de nous en dire quelques mots…
Je ne suis sûre de rien. Jusqu’à présent, je n’ai jeté que quelques idées sur le papier. Mais il se pourrait que ce soit un Louise. J’ai imaginé un personnage. Un jeune homme ébouriffé. Valentin. Il roule en DS. Un contraste intéressant entre un personnage contemporain et un symbole des Trente Glorieuses, cette France qui a disparu. Et j’ai rêvé que cette DS partait en marche arrière pour défoncer la vitrine d’un restaurant du boulevard Montparnasse. C’était aux petites heures de l’aube, ou entre chien et loup, il n’y avait personne dans l’établissement hormis un homme en train de faire le ménage, et il n’a pas été blessé. Mais je réalise en tapant ma réponse que DS, ce sont aussi mes initiales. Mince alors.
Et si vous avez des choses à rajouter…
Non, si ce n’est que c’est toujours un plaisir de répondre à vos questions.
Merci bien
De rien.
Interview réalisée par mail et Christophe Dupuis en 2007
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