Ici on ne vend que ce qu'on aime...
Vous êtes ici : Accueil boutique / Interviews / Interview THIERRY BOURCY

Interview THIERRY BOURCY

En complément

LA COTE 512 - THIERRY BOURCY

LA COTE 512

“La cote 512“ est la première incursion de Thierry Bourcy dans le roman policier...

6.00 €

L'ARME SECRETE DE LOUIS RENAULT - THIERRY BOURCY

L'ARME SECRETE DE LOUIS RENAULT

Continuant sa saga, Thierry Bourcy quitte le front et vient étudier la vie penda...

6.00 €

LE CHATEAU D'AMBERVILLE - THIERRY BOURCY

LE CHATEAU D'AMBERVILLE

Thierry Bourcy continue tranquillement sa saga de l’étonnant Célestin Louise (cf...

6.00 €

LES TRAITRES - THIERRY BOURCY

LES TRAITRES

Thierry Bourcy continue habilement les aventures de Célestin Louise, changeant h...

6.10 €


La saga Célestin Louise

Thierry Bourcy, vous êtes né en 1955, vous avez fait de nombreuses choses, dont de nombreux scénarios, et il vous faut attendre vos 50 ans pour vous lancer dans le polar. Quel a été l'élément déclencheur ?
J'avais d'une part collaboré avec les éditions du Nouveau-Monde sur leur "Dictionnaire de Cinéma Français Populaire". D'autre part, j'avais écrit avec Jean-Louis Lorenzi le scénario du téléfilm "La Tranché&e des Espoirs" pour France 2 et ARTE. L'éditeur a vu la téléfilm et m'a proposé d'écrire un roman historique. C'est moi qui ai décidé d'en faire un polar.

Pouvez-nous vous parler de la genèse de la saga Célestin Louise ?
C'est en écrivant le scénario du téléfilm "La Tranchée des Espoirs" que j'avais un jour eu l'idée d'un inspecteur de police faisant des enquêtes dans l'univers de la Première Guerre Mondiale. Cette idée m'est revenue lors de la proposition des Éditions du Nouveau-Monde. J'ai donné à mpn héros le prénom de mon grand-père paternel, Célestin.

D'ailleurs, au début, pensez-vous en faire une série ? Et si non, qui vous a poussé à le faire ?
Au début, je me demandais même si j'irais jusqu'au bout d'un seul roman. C'est devant l'accueil des libraires que je me suis décidé à écrire un deuxième "Célestin Louise", puis je me suis attaché à on héros et, poussé, par mon éditeur, en suis arrivé à lui faire traverser toute la guerre en 5 histoires.

Ce qui est intéressant, c'est que vous ne vous contentez pas d'enchaîner les épisodes, les personnages aussi évoluent...
Après avoir beaucoup lu de mémoires de poilus, je ne pouvais pas m'imaginer un héros traversant les horreurs de la Première Guerre Mondiale sans s'en trouver profondément marqué.

Emprunt de guerreLa série est très visuelle, très documentée, mais en revanche (et je n'irai pas m'en plaindre), vous n'avez pas travaillé sur "la langue de l'époque" (comme a pu le faire Patrick Pécherot , par exemple) dans les dialogues (à moins que je ne me trompe), pourquoi ?
Bien que cela se voie moins que dans le superbe "Tranchecaille" de Patrick Pécherot, j'ai quand même pas mal travaillé sur les dialogues de l'époque, vérifiant chaque mot d'argot pour savoir s'il existait bien en 1914, et reprenant des expressions typiques des poilus telles que celles rapportées par Henri Barbusse dans son magnifique roman "Le Feu".

Vous venez du cinéma et de l'audiovisuel, vous avez écrit une belle saga qu'on verrait bien en film ou à la télé... alors avez-vous des pistes ? Pensez-vous un jour écrire le scénario de votre propre série ?
Il y a effectivement un jeune producteur qui a pris une option sur les 5 livres. J'espère que la série verra le jour à l'occasion du centenaire de 1914. Ce ne sera pas moi qui ferai l'adaptation, d'ailleurs je préfère.

La saga se déroule donc pendant la première guerre mondiale et on se dit, à priori, pas facile d'écrire des enquêtes policières, avec - gageure supplémentaire, un flic engagé volontaire au front... comment avez-vous fait ?
Je me suis énormément documenté : livres, photos, mémoires, lettres, journaux, films, gravures... Et puis j'ai laissé aller mon, ima gination...

D'un autre côté, on voit un Célestin pour qui la fin justifie les moyens "Vous avez assommé un agent de police pendant une alerte, vous avez fait libérer sans m'en avertir un dangereux cambrioleur, déserteur de surcroît, et vous dirigez le cambriolage d'une ambassade"... On ne s'embête pas...
Tant mieux !

14-18, cinq ans, cinq épisodes et cinq thématiques différentes : une envie de changer l'angle de vision à chaque fois ?
Il m'apparaissait en effet difficile, voire même un peu fastidieux, de placer les 5 enquêtes entièrement dans les tranchées. Il y aurait eu un effet de répétition, même si les anecdotes que je continue à découvrir sur cette guerre sont d'une infinie variété (et, hélas, cruauté !)

Mais, même si on ne reste pas sur les charniers du front, la barbarie humaine reste : "Le jeune flic connaissait la barbarie des hommes, il en avait trop vu, de ces pauvres types assommés, égorgés, éventrés à la suite de mauvaises rixes, des querelles d'alcool, de filles et de misère qui laissaient chaque semaine à la morgue une litanie de cadavres effarés."
Effectivement, flic à Paris, Célestin a déjà rencontré les noirceurs de l'âme humaine.

Emprunt nationalEt on voit l'être humain dans sa complexité "Pendant que, sur le front, il assistait aux plus invraisemblables actes d'héroïsme et de camaraderie, des centaines de négociants véreux accumulaient des profits scandaleux, parfois même sur les marchandises destinées à la réquisition." vous me direz sans cette diversité, pas de polar, non ?
Vous connaissez comme moi cette maxime du poète latin : rien de ce qui est humain ne m'est étranger.

Une bonne source d'inspiration pour le polar, c'est ce qui "fascinait célestin : les gens avaient toujours des côtés obscurs, insoupçonnables."... ça vous fascine aussi ?
Bien sûr, dénicher ce qui se cache sous les apparences...

Ce qui frappe - et on ne va pas s'en plaindre - c'est une dénonciation - régulière - de la connerie militaire : "à obéir toute la journée à des ordres brefs aboyés par des sous-officiers qui transpiraient la bêtise." / "Il y en a combien, de ces crétins galonnés, tout le long du front, à rêver d'une gloire imbécile ? C'est pas eux qui vont courir au milieu des barbelés, sous le feu des mitrailleuses !"
De nombreux témoignages que j'ai lus font en effet état de la veulerie des généraux et des colonels, de leur incompétence, de leur légèreté quand il s'agissait de sacrifier des milliers d'hommes. D'autre part, il y avait un fossé entre les galonnés sortis de grandes familles bourgeoises et les poilus, hommes du peuple, ouvriers, paysans, artisans...

Vous y dénoncez aussi la propagande entretenue par l'armée...
On sait maintenant que la situation du front faisait l'objet de mensonges permanents, presque caricaturaux.

Et vous parlez aussi de l'avenir "Ceux qui n'étaient pas allé se battre étaient incapables de comprendre, et ceux qui en revenaient n'en parlaient plus. Ainsi se creusait dans le pays en guerre un invisible fossé, plus profond que les tranchées et qu'il faudrait plusieurs générations pour creuser."
Effectivement, la Grande Guerre est un moment charnière, l'entrée difficile dans une modernité qui va montrer des aspects effrayants qui vont culminer en 39-45. La mort de 1,5 millions d'hommes laissera des traces dans presque toutes les familles françaises.

4ème empruntDans "L'arme secrète de Louis Renault", vous mettez en scène Louis Renault, lui-même, alors comment fait-on évoluer quelqu'un de célèbre comme lui ?
Là encore, une solide documentation. Je crois avoir respecté le caractère du personnage, fou de mécanique et assez autoritaire, et rappelé qu'il a été un des artisans de la victoire de 1918.

Le début du roman d'ailleurs, avec le coffre vide sans effraction et les proches et le personnel suspecté fait assez roman d'énigme... mais vous vous en écartez vite... Que pensez-vous de ce genre littéraire ?
J'aime tous les types de polars, du moment qu'ils sont bien écrits. Le "Whodunit" en fait partie.

Ce qui est très intéressant dans cet épisode, c'est la densité psychologique donnée à Célestin qui, en permission pour enquêter ne comprend plus Paris et ses habitants et n'a qu'une envie, retourner dans les tranchées... vous avez lu des témoignages sur ce sentiment ?
Il apparaît d'une façon étrange qu'à partir de 1915, les tranchées formaient un monde à part, un monde qui n'appartenait qu'aux poilus et dont ils ne pouvaient réellement partager l'horreur avec personne d'autre. Ce qui provoquait un très fort sentiment d'amertume lorsqu'ils partaient (bien rarement) en permission.

Dans le château d'Amberville, Célestin blessé (bien joué ! on ne le voyait pas passer la guerre sans problèmes, non plus) se voit affecté aux Brigades du Tigre. Pourquoi ce revirement ?
C'est le conseil d'un flic, un vrai, sur un salon du livre. Il m'a dit : « Vous devriez faire entrer votre personnage dans les Brigades du Tigre, il aurait les coudées plus franches et serait libre d'enquêter sur tout le territoire français. » J'ai suivi ce bon conseil...

Vous y explorez cette "province qui vivait encore un peu sous l'Ancien Régime, les aristocrates mouraient à l'écart, au-dessus de tout soupçon." vous aviez aussi de la matière là-dessus ?
Pas vraiment, je me suis rappelé certains livres de Balzac, voire de Zola.

Une récurrence chez Célestin, c'est la question qu'il se pose face à ses missions "A quoi bon courir après une bande de criminels juste un peu plus sordides que les autres ? A quoi bon tenter de s'échapper de la guerre en prétendant y faire régner un ordre, une loi, que le monde déchiré foulait aux pieds." et oui, alors qu'est-ce qui pousse Célestin ?
Ce qui pousse Célestin, c'est le respect de la loi. C'est d'ailleurs mon thème de départ : travailler sur le paradoxe d'une enquête sur un mort au milieu des milliers de morts. Quand a-t-on le "droit" de tuer ? Telle est la question qui le hante.

Sans dévoiler ce qu'il se passe dans "Les traitres", ce réseau de trafiquants a existé ?
Je crains qu'il ne sorte droit de mon imagination. Mais qui sait ? La réalité est toujours plus forte que la fiction !

Vous me disiez que ce livre, "Les traitres", avait connu un sort étrange dans sa publication en grand format (Le Nouveau Monde Editions) car vous n'aviez jamais réussi à l'avoir en signature... Etonnant, non ?
Les mystères de la distribution des livres, des commandes des libraires et de leur arrivée sur les salons sont insondables...

Emprunt Crédit FoucherD'ailleurs pour continuer sur ces questions éditoriales, c'est un véritable succès en Folio... comment êtes-vous arrivé chez Folio et pensiez-vous que cela serait un tel ras de marée ?
Raz de marée, je ne sais pas, je n'ai pas encore les chiffres pour 2009 (Gallimard ne rendant ses comptes qu'en octobre !) Mon éditeur du Nouveau-Monde a vite pensé à une réédition en poche, il a contactée plusieurs éditeurs, et c'est Folio qui, le premier, a dit oui. Ensuite, j'ai été très soutenu par des libraires, aussi bien des grosses librairies de province que la FNAC, ou même Virgin Megastore.

On attend donc le 5ème en Folio, "Le gendarme scalpé" (sorti l'année dernière) qui devait être normalement la dernière aventure de Célestin, mais face au succès et avec les possibilités offertes par son entrée dans les Brigades du Tigre, vous voyez-vous continuer l'aventure ?
Devant l'accueil si chaleureux des lecteurs, je commence à penser à une 6ème et dernière aventure de Célestin Louise, à Paris en 1919. En attendant, je change complètement d'univers en écrivant les démêlés d'un scénariste hypocondriaque et paranoïaque aux prises avec un meurtre dans son immeuble du XIIIème arrondissement de Paris. Suivez mon regard...

Merci bien

Interview réalisée par mail en 2010 par Christophe Dupuis
Tous droits réservés, reproduction même partielle interdite.

Les affiches illustrant cette interview sont extraites du site : Affiches 14/18