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Pour ceux qui ne seraient pas allé sur votre site internet (très bien fait d'ailleurs) et pour ceux qui n'aiment pas se contenter de biographies laconiques, pourriez-vous nous dire quelques mots sur vous ?
Je suis né à Birmingham en Angleterre en 1965. Comme j'ai fait de grosses bêtises quand j'avais 7 ans, j'ai été envoyé en internat dans une école qui possédait une très belle et bonne bibliothèque. Du coup j'ai passé 12 ans à lire et non à étudier. Je n'étais pas un très bon élève, et j'ai quitté l'école quand j'avais 16 ans. J'ai commencé à écrire vers l'âge de 22 ans et j'ai écrit 22 livres en 6 ans. J'ai été rejeté par une bonne centaine d'éditeurs en Angleterre comme aux Etats-Unis. Ils trouvaient que ce n'était pas une bonne idée qu'un écrivain Anglais écrive des histoires qui se passaient aux Etats-Unis. Après ça, j'ai arrêté d'écrire pendant 8 ans.
En 2002, j'ai recommencé à écrire. J'ai écrit 3 livres en 7 mois. Le deuxième roman a été publié par une maison d'édition appartenant au groupe Hachette en Angleterre.
En Angleterre ils ont depuis, publié un livre tous les ans. Au total donc il y a 7 livres publiés en Angleterre. Le dernier, The anniversary Man, est paru il y a seulement deux semaines.
Deux ont été publiés en français. Seul le Silence vient d'être publié aux Etats-Unis. Il est traduit en 22 langues maintenant.
J'ai arrêté de travailler depuis l'année dernière et survis depuis comme écrivain.
En ce moment, je suis en France pour deux semaines, je vais parcourir 6000 kilomètres et rencontrer les lecteurs, libraires, éditeurs et leur dire merci et faire des dédicaces évidemment.
Vous êtes anglais mais la plupart (sinon tous) vos livres se situent aux Etats-Unis, pourquoi ? Est-ce lié à une phrase de votre dernier livre "C'était le cœur de tout, le rêve américain, et les rêves ne changeaient jamais vraiment, ils s'estompaient juste et étaient oubliés dans le lent glissement frénétique du temps." ?
Parce que plus que tout, je veux écrire sur ce qui m'intéresse et non sur ce qui m'est familier.
Si vous voulez écrire sur la CIA, sur les serial killers, les trafics de drogues, les Kennedy, Maryline Monroe, ou Nixon et le Watergate - toutes ces choses qui ne marchent pas sur les pelouses vertes des petits villages anglais où l'on ne trouve que le Seigneur des Anneaux - vos histoires doivent se dérouler à Cuba, New-York, Washington, La Louisiane... Des lieux évocateurs...
C'est le genre d'histoires que je veux écrire donc... Mon erreur depuis des années c'est de ne pas écrire ce que les gens aimeraient que j'écrive mais écrire ce que moi je veux écrire... Ca m'a pris 15 ans pour être enfin publié mais maintenant c'est bon, cela n'a plus d'importance.
Vos « vieux livres » qui n'ont finalement pas été publiés, vous les reproposez aujourd'hui ou les avez vous définitivement mis aux oubliettes ?
Ils sont dans une vieille malle au grenier. Quand je serai mort, ma femme les vendra aux enchères sur Ebay... Elle pourra alors partir avec un beau jeune homme faire le tour du monde à pied...
Et qu'est-ce qui vous attire dans le polar ?
Avec le polar, vous pouvez écrire une histoire d'amour, mais aussi sur la guerre, sur le crime, sur l'Histoire, la politique, la conspiration... Il y a tant de sujets qui peuvent être traités...
Il n'y a aucune limite sur les sujets qui peuvent être abordés. Et puis pour moi ce qui est le plus important dans un livre, c'est le ressenti que le lecteur peut avoir avec les personnages. Quand vous écrivez un livre sur le crime ou sur le meurtre, vous pouvez créer une situation où les personnages peuvent ressentir toutes les émotions ! Toutes ces choses comme l'apathie, la colère, la revanche, l'amour... Pour moi c'est le polar qui offre la plus large palette de « couleurs ». J'aime ça.
Une constante aussi entre vos deux livres peut se résumer à une phrase aussi extirpée de Vendetta "En vérité le passé avait toujours été là et il attendait juste mon retour." - C'est l'idéal pour des constructions de polar, non ?
Oui c'est une autre idée très intéressante pour moi. Lorsque les gens sont dans une période troublée de leur vie, ils rentrent toujours à la maison... Par exemple, quand vous êtes dans la merde, vous allez voir votre père et vous lui dites « Papa, donne-moi un peu d'argent ou Maman, j'ai faim, je viens dîner ce soir... »
Dans mes livres, vous trouvez des personnages qui n'ont pas de famille et quand avez un personnage qui n'a pas de famille, il n'a nulle part où aller... Cela engendre une forte tension et des difficultés... Cela veut dire qu'il n'est jamais sauvé, jamais protégé et cela fait un très bon scénario pour moi. Les gens prennent des décisions dans leur vie en rapport avec les expériences de leur passé et souvent ces décisions ne sont pas les bonnes et pourtant elles vont diriger le reste de leur vie. Ils essayent toujours d'échapper au passé mais le passé est toujours là à vous attendre au coin de la rue.
En France on vous découvre avec l'époustouflant "Seul le silence" (2007 - France 2008) qui obtient le prix NouvelObs du Nouvel Observateur, formidable accueil du public et de la presse. Et chez vous, comment êtes-vous perçu ?
Il y a différentes attitudes envers les écrivains en Angleterre : mon frère par exemple, m'a dit « si tu avais été un tout petit peu plus intelligent, tu aurais pu avoir ton propre job ».
Les livres ont été vendus en grande quantité. En Angleterre, 60 000 exemplaires de Seul le silence ont été vendus. C'est énorme. Oui il y a eu une bonne campagne de promotion en Angleterre mais en France c'est plus passionnel... Les Anglais sont plus académiques, plus polis : « Merci beaucoup pour vos beaux livres... » En France, c'est plus « Je t'aime... »... Les gens quand je vais signer m'apportent des petits cadeaux. C'est beaucoup plus plaisant ici et j'apprécie beaucoup...
Savez-vous pourquoi vos livres ne sont pas publiés (mais après tout il n'y a pas de personnage récurrent) dans l'ordre en France ?
C'est toujours le problème de l'écrivain anglais qui écrit des choses qui se passent aux Etats-Unis... Au bout d'un moment, les gens finissent par accepter et apprécier. Le jour où ils décident de dire OK, alors vous pouvez foncer. Mais cela prend du temps. Ce fut le cas pour les deux premiers romans, les éditeurs anglais m'ont dit « non tu ne peux pas faire ça ». Maintenant c'est bon.
Aux Etats-Unis c'est l'inverse, ils aiment beaucoup qu'un écrivain anglais écrive des histoires sur eux ! Ils ressentent ça comme un compliment. En France, au Brésil en Allemagne cela n'a aucune importance...
Dans votre bibliographie on ne voit pas apparaître de nouvelles, un genre qui ne vous attire pas ?
Non !
J'ai écrit une nouvelle qui m'a été commandée par une radio anglaise. C'est tout. C'est une discipline très particulière, le talent pour écrire une pièce de théâtre ou de la poésie ou une nouvelle est très différente. Je pense que quelqu'un qui est capable d'écrire un bouquin de 160 000 mots n'est pas forcément capable d'écrire quelque chose de 300 mots ! C'est vraiment une discipline très différente et un talent à part. Je l'ai fait, j'ai pris du plaisir à le faire et les gens ont beaucoup aimé ce que j'ai fait mais j'aime décidemment trop les gros livres !
Alors quel est votre point de départ pour ce livre ambitieux ? La maxime italienne qui dit que « si tu cherches la vengeance, creuse deux tombes... Une pour ta victime et une pour toi » ?
On peut classer les émotions humaines comme ceci : d'une part, les émotions noires, sombres et négatives et d'autre part, les émotions de joie, d'amour et de passion...
Les noires détruisent toujours les gens. Donc si vous vivez toute votre vie avec ce type d'émotions ou de sentiments, finalement ce ne sont pas vos ennemis qui souffrent le plus mais vous !
Cette vieille maxime italienne m'intéresse beaucoup : elle signifie que si vous allez pour venger quelqu'un, vous allez au final vers votre propre destruction... En d'autres termes, même les gens les plus intelligents, les plus riches ou les « stars », si leurs motivations, leurs intentions sont négatives ou sombres, alors ils finissent avec rien...
Perez dit : "le désir d'être quelqu'un, la certitude d'y être parvenu, puis la déchirure de n'être plus personne." En voilà une belle phrase afin d'articuler un roman autour.
Ernesto Perez... (en espagnol, Ernesto signifie honnête) : même si c'est l'être humain le plus terrible - un tueur, un fou -, il est le seul à ne pas prétendre être quelqu'un d'autre.
En fait mon idée est d'écrire une histoire sur le pire être humain qui existe. Et pourtant à la fin du livre, vous oubliez qu'il est le pire, parce que vous reconnaissez qu'avant tout, c'est un être humain, qu'il a une âme et un cœur... Toute sa vie Ernesto a essayé d'être quelqu'un d'important, de réussir, il a essayé d'être honnête et droit envers les autres mais à la fin, il réalise qu'il n'y arrivera jamais, quoiqu'il arrive...
Parallèlement, il y a l'enquêteur, Artman, dont la vie est un désastre.
Ils se rencontrent, le gentil et le méchant, et chacun est un salut pour l'autre, chacun est une réponse aux problèmes de l'autre...
Même si vous dites que c'est une œuvre de fiction et que des changements ont pu être réalisés pour favoriser la narration, on sent le gros travail de documentation. Alors combien de temps avez-vous mis pour préparer ce roman ?
J'ai fait les recherches en même temps que j'écrivais. Je l'ai écrit en 6 semaines. Je n'ai rien fait d'autre durant ces 6 semaines : dormir, manger, écrire ! Vous savez pourquoi il fut écrit si vite ? J'étais entrain d'écrire Vendetta et mon troisième livre devait sortir en Angleterre, 8 semaines plus tard... J'ai eu le malheur de dire à mon éditeur que j'étais entrain d'écrire un livre sur la mafia. Comme c'est un sujet qui le passionne, il m'a demandé s'il pouvait lire les premières pages et comme il a adoré, il m'a dit que si je le finissais en 6 semaines, il le sortait à la place de l'autre... 6 semaines, c'était le temps qu'il me restait et je l'ai fait ! Finalement le troisième n'est jamais paru !
C'est aussi une superbe fresque sur la Nouvelle-Orléans, sur Cuba... avec un rendu à couper le souffle... un gros travail de documentation pourtant en si peu de temps... Vous avez pris de la drogue pour vous maintenir éveillé ?
Non (rires) ... Je me levais à 6 heures du matin puis j'écrivais jusqu'à 8h30, ensuite j'allais travailler. Je revenais à la maison le soir vers 20/21h... Ma femme me donnait un petit quelque chose pour le dîner puis je retournais écrire jusqu'à 1 heure ou 2 heures du matin. Comme le week-end, je travaillais à « mi-temps », (seulement jusqu'à 17 heures), lorsque je rentrais à la maison, je me remettais à écrire parfois pendant 8 heures d'affilée. J'ai parfois écris jusqu'à 10 ou 12 mille mots par jour, chaque jour... C'était donc très rapide ! (Rires).
Et après, combien de temps avez-vous dormi ?
4 mois. J'ai bu du whiskey et dormi !!!! (Rires)
Ce n'est pas la première fois que je fais quelque chose d'aussi intensif, çà a aussi été le cas quand j'ai écrit le scénario de Seul le silence pour Olivier Dahan qui a acheté les droits (et qui j'espère devrait sortir dans le courant de l'année prochaine). Le reste du temps c'est plus relax...
Avec le film, la seule chose que j'espère c'est de pouvoir rencontrer Marion Cotillard et Gérard Depardieu... Ah ! Boire du vin avec Gérard Depardieu... (Rires)
Seul le silence, est dédié à Truman Capote, celui-ci permet de regarder l'Histoire - "C'était la politique, cette même politique qui avait donné à l'Amérique le Watergate et le Vietnam, la mort de deux Kennedy et de Martin Luther King. Le monde ne verrait de Charles Ducane que son image publique : mari, père, gouverneur martyr" - par le petit bout de la lorgnette comme peut le faire James Ellroy (ça vous fait quoi au fait ces rapprochements entre vos deux noms) alors quels sont vos auteurs favoris ?
Il n'y a quand France qu'on a ce genre de question ! Je vous assure que je m'appelle bien Ellory ! Je peux, s'il le faut, vous fournir un certificat de naissance ! (Rires)
J'aime vraiment Cormac McCarthy, Faulkner, Steinbeck, Hemingway, j'adore Dickens, j'adore Dumas, j'adore Zola quand c'est une bonne traduction... J'aime les récits épiques, ceux qui traitent de la société, ceux qui parlent d'Histoire... Le meilleur conseil que vous pouvez donner à n'importe quel écrivain c'est d'écrire un livre tel qu'ils aimeraient le lire. C'est ce que j'essaye de faire, écrire une histoire que je prends plaisir à lire parce que je pense que lorsque vous finissez un livre, c'est comme si vous deviez dire au revoir à un ami... Quelque chose doit rester en vous. Beaucoup de livres sont très intelligents mais sont aussi très mécaniques avec un langage simple, vous lisez ces livres comme vous mangez de la nourriture chinoise... J'aime lire des livres dont je me souviendrai toujours, qui me font encore quelque chose un mois plus tard et même six mois plus tard...
"Et puis il y avait les autres [...], ceux qui étaient peut-être aussi cinglé que les assassins vu que leur but dans la vie se limitait à pister, retrouver, respirer le même air que les malades, les déments, les sociopathes, les dérangés." Pour vos polars, vous travaillez aussi beaucoup avec ces gens-là ? ou avec des livres comme le cite Ray ("Enquêter sur les crimes de Stone et DeLuca et Pincipes fondamentaux de l'investigation criminelle de Charles et Gregory O'Hara)
Je connais des gens qui travaillent dans la police et j'ai été à Washington pour passer du temps avec des gens du FBI, la CIA, des gens qui enquêtent, des tireurs d'élite, j'ai aussi passé 5 heures, il y a quelques années, dans une pièce avec un tueur de la mafia. Un gars vraiment étrange...
C'est très difficile de décrire cette rencontre : vous êtes avec quelqu'un qui est vivant mais on a l'impression qu'il n'y a aucune vie en lui. Rien. C'est très étrange. Il touchait de l'argent, tellement d'argent pour tuer des gens. 50 000 dollars, 100 000 dollars... Il avait tué une femme avec son bébé... Aucun remords, aucune compassion... Un type effrayant !
J'ai aussi un oncle, qui est maintenant décédé, qui était dans une unité en Angleterre qui enquêtait sur les vols de grandes valeurs, comme les gros braquages et les meurtres ou le terrorisme mais pas sur les crimes domestiques. J'ai beaucoup appris de lui !
J'ai aussi passé 20 ans à travailler avec des gens qui étaient drogués ou alcooliques et la plupart du temps il y avait beaucoup de violence dans la vie de ces gens, qui étaient profondément blessés, leurs familles brisées... C'est stupéfiant...
Comme nous le disions plus haut est sorti en Angleterre "The anniversary Man" au début du mois, pouvez-vous nous en dire quelques mots ? Et quel sera votre prochain livre traduit par votre éditeur parisien ?
The anniversary Man, - qui n'a pourtant rien à voir avec l'anniversaire de quiconque -, traite d'un tueur en série à New York, de nos jours. D'un côté il y a ce type, qui est une réplique exacte de tueurs célèbres et historiques comme Zodiac ou Ted Bundy... Il reproduit exactement les mêmes gestes, à la même date.
De l'autre côté, il y a un homme, qui a survécu à l'attaque d'un tueur en série dans le New Jersey alors qu'il avait 16 ans. Il connaît tout sur les tueurs en série et travaille avec un détective pour essayer de découvrir quelle va être la prochaine victime et où cela va se passer.
Pour ce qui est de mon prochain livre traduit en France, il va s'agir de A simple act of violence (Les anonymes pour le titre en français). C'est en fait le 6e en Angleterre.
Lui se déroule dans le monde de la CIA. Il s'agit d'une part, d'un terrible et très violent assassinat, d'un coup d'état, au Nicaragua, sous la présidence de Reagan. Et d'autre part, d'une série de meurtres de femmes - âgées de 30 à 40 ans - à Washington. Il se trouve que lorsque la police enquête pour savoir qui sont ces femmes, elles n'ont aucune identité, pas de passeports, pas de numéro de sécurité sociale... Elles n'existent pas !
La police va donc chercher à savoir qui a tué ces femmes et pourquoi, ainsi que la raison de leur « non existence »... Au final on s'aperçoit que les deux histoires sont les mêmes... Ce livre paraîtra peut être à l'automne 2010 en France...
Merci beaucoup
Interview réalisée à Bordeaux en 2009 par Christophe Dupuis
- Traduction Frédérique Sunder
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