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Interview JAMES ELLROY

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Avant Le Quatuor de LA, vous avez écrit de nombreux livres, fortement marqués par la procédure policière (La trilogie Lloyd Hopkins par exemple) avant de passer au L. A. des années 50 puis de basculer maintenant dans le refus de faire 1/ du polar et 2/ des livres se passant de nos jours. Pourquoi ce basculement ?
J'ai décidé de faire de vastes romans historiques pour proposer une vision plus large et plus grande de l'histoire. J'ai voulu rejoindre une littérature plus conventionnelle, avec des livres moins étiquetés comme livres policiers, en plus, j'ai épuisé ce que j'avais à dire dans ce genre.

Un de vos grands attachement, c'est Los Angeles, non pas le "L. A. Officiel", mais le "L. A. Secret" (on en retrouve une bonne explication dans Crimes en série). A un moment, parlant du LA d'aujourd'hui, vous dites "Los Angeles me parut surréelle, inconciliable avec la ville mythique de mes romans" ; est-ce aussi pour ça que vous ne voulez plus écrire de livres se passant de nos jours ?
Non. Je ne connais pas le L. A. d'aujourd'hui. C'est la raison de mon déménagement, outre le fait que j'ai une maison plus grande.

Vous dites "Les personnages qui m'intéressent sont ceux qui brisent les jambes de l'histoire. Qui mettent en acte au plus bas niveau les décisions politiques : barbouzes, poseurs de mouchards..."
Oui, je voulais montrer le côté cauchemardesque de la face cachée de la politique américaine. Ce sont ces personnages qui agissent du côté de cette face cachée, ce sont eux les véritables acteurs. La vie est faite de renégats, d'agents doubles, d'assassins, d'exilés cubains fous, de maffieux, de policiers corrompus, de hauts responsables tout autant corrompus, de membres de l'extrême droite. C'est ce que j'appelle la viiiie (en français).

Vous avez pas mal écrit sur les serials killers et autres dérangés avant de décider qu'ils ne vous intéressaient plus. Pourquoi ce revirement (en dehors de l'esthétique surfaite du SK) ? Est-il définitif?
Oui, plus de serial killers ou autres, sauf de façon périphérique à l'histoire. Je ne ferai plus de livres avec des policiers et histoires à L. A. C'EST FINI. Je vais consacrer ma carrière à réécrire l'histoire américaine du vingtième siècle du point de vue de ma fiction.

..." Du point de vue de votre fiction"... Vous êtes toujours à la traque du mensonge ?
Tout à fait. Je veux montrer toute la vie américaine dans sa gloire et sa corruption et réécrire l'histoire américaine du XXème siècle de mon point de vue.

A vous lire, sans connaître toutes les ficelles de l'histoire américaine, on se laisse embarquer... quelle est la part d'invention dans ce livre ?
Vous n'êtes pas censés trouver la part de fiction ou de vérité attestée. La seule question qui est importante et qui reste sans réponse, c'est la question du réel : qu'est-ce qui est réel ? Qu'est-ce qui ne l'est pas ? Il n'y a pas de réponse. Mon idée est de brouiller la limite de ce qui sépare le réel de la fiction.

Est-il alors possible d'extraire une vérité ?
Oui. Quand vous reproduisez une structure générale qui est celle de l'exercice du pouvoir aux États-Unis, et que vous peuplez cette infrastructure de personnages fictifs, vous vous donnez les moyens de sonder la vérité d'une époque. Mais ce n'est pas une vérité théorique: c'est celle des détails. C'est ma façon de construire une vérité historique. C'est ma vérité historique.

AMERICAN DEATH TRIPAmerican Death Trip offre encore un nouveau travail sur l'écriture avec un gros travail sur rythme (répétitions des prénoms, style épuré au maximum...) et une quasi absence de descriptions... êtes-vous en recherche perpétuelle d'un nouveau style ?
Oui. Dans American Death Trip, il y a plus de descriptions que dans American Tabloïd ; ce livre est plus facile à lire. Le style est là pour transmettre de façon la plus efficace la violence des personnages du roman. Il sert cette violence.

Ce style épuré est-il à rapprocher de celui d'Hammett, du béhaviorisme ?
Non. Hammett n'a jamais écrit de façon aussi précise, aussi lapidaire. Personne ne l'a fait. La langue que j'utilise est une langue violente, la langue de la violence, adapté à la violence des hommes que je décris, et à leur époque. Des phrases directes, déclamatives : même Hemingway a beaucoup plus recours à la description que moi.

Ce qui est important dans American Death Trip, c'est la place de la femme...
Vous avez raison. Ma femme dit que c'est mon roman en hommage aux femmes. Cherchez la femme !!! (s'exclame-t-il en français). Il y a certains de mes personnages qui se rachètent, d'autre pas ; Pete Bondurant est sauvé par l'amour. Il est sans doute encore vivant, dans le Wisconsin, avec sa femme et son chat. Pete et la chatte !!! (s'exclame-t-il encore)

Dans l'exergue d'Amercian Tabloïd, vous parliez d'un nouveau mythe ("L'heure est venue de démythifier toute une époque et de bâtir un nouveau mythe du ruisseau jusqu'aux étoiles.")...
Le nouveau mythe, c'est la trilogie. Lorsque vous lirez les trois romans, vous aurez une idée de ce nouveau mythe.

Avez--vous eu des retours "politiques" sur American Tabloïd ?
Les politiciens ne lisent pas de romans alors...

Dans American Tabloïd comme dans American Death Trip, on retrouve les sociétés secrètes, comme le KKK, quel fut, à votre idée, leur véritable pouvoir ?
Elles étaient là représentant le fruit de l'opinion d'une minorité. L'apogée du KKK a eu lieu dans le Midwest des années 20, aujourd'hui après un large discrédit, ils n'ont plus aucun pouvoir.

En parlant des années 20 et de votre projet de revisiter l'histoire, remonterez-vous jusqu'à ces années là ?
Oui, la fin de la trilogie Underworld USA sortira dans trois ans. Elle ira jusqu'aux mécanismes de mise en place du Watergate, mais sans aller jusqu'au Watergate lui-même, qui ne m'intéresse pas et ensuite, je commencerai à écrire sur ces années là, sur le Président Warren Harding et sur le Ku Kux Klan.

Merci bien.

Interview réalisée par Christophe Dupuis, en 2001, traduction Charlie Grandjeat.
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