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Interview DEON MEYER

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Deon Meyer était en France en 2006, invité par au festival Quais du polar, à Lyon, l'occasion de revenir sur sa carrière.


Alors, la question classique pour commencer, pourquoi vous êtes-vous lancé dans l'écriture? Et pourquoi le polar?
C'est une question difficile car je n'ai pas commencé par vouloir écrire du polar. je voulais juste raconter une histoire, à la fin, il s'est avéré que c'était un polar... peut-être est-ce lié au fait que j'ai toujours aimé en lire, mais cela n'a pas été une décision consciente.


Quelle est la place du polar en Afrique du Sud dont ne nous viennent que peu de titres?
Les derniers romans policiers publiés en Afrique du Sud avant la vague d'auteurs comme Wessel Ebersohn ou moi étaient écrits en Afrikan (le hollandais transformé d'Afrique du sud) et furent publiés au milieu des années 60. Avec l'apartheid, entre 1960 et 90, il n'y avait pas de polars publiés. En effet, il était très difficile d'avoir un protagoniste policier vu que la police soutenait l'apartheid. Lorsque le changement est survenu en Afrique du Sud, j'ai été le premier à me relancer dans le polar, car on pouvait de nouveau parler du travail policier. Pendant 10 ans, j'ai été le seul auteur à écrire du polar et depuis quelques années, il y a une émergence de nouveaux auteurs de polar.


Vos livres sont un véritable passage au crible de l'histoire de votre pays... il y a-t-il encore de nombreux non-dits? Des choses cachées?
Oui, je pense, il y a beaucoup d'histoires qui n'ont pas été racontées, beaucoup de recoins sombres, mais ma propre fiction a évolué et se penche moins sur le passé, un passé compliqué, mais plus sur les questions vitales d'aujourd'hui.

 

Justement, en parlant de vos livres, entrons dans le vif du sujet avec "Jusqu'au dernier"

 

Parow, near Cape TownEtait-ce votre premier roman? Ou vous en aviez d'autres dans vos tiroirs?
Non (en français). Le premier roman que j'ai écrit était très mauvais - en tous cas pas assez bon pour être traduit - le premier livre, c'est comme avoir un frère en prison, on a pas envie d'en parler...

On y voit une bonne partie de procédure policière, quelles sont vos sources pour décrire tout ce fonctionnement ?
J'ai passé quinze jours d'affilée avec la section "meurtres et braquages de la police" que j'ai particulièrement observée. C'est comme ça que j'ai fait mes rechershes.

"Que Ferdy ignore tout des meurtres qui occupaient tellement les journalistes étaient du au fait que la chaîne de télévision SABC ne pouvaient pas rendre compte de tous les assassinats qui se produisaient dans le pays"... triste constat, mais qui du coup donne de la matière pour des polars, non?
Oui, il y a beaucoup de meurtres, c'est peut-être bon pour un auteur de polar, beaucoup moins pour le pays où vous vivez.

A un moment, on y lit les problèmes sur l'apartheid, et on apprend que "certains avaient une insulte raciste pour chaque nuance de noir, pour la moindre classification raciale de ce pays de dingue"... édifiant, non?
Il y a une quinzaine d'années que l'apartheid a été aboli. C'est à ce moment-là que le problème racial était à son point culminant. Depuis cela s'est beaucoup amélioré - cela n'a pas totalement disparu, mais cela s'est beaucoup amélioré. Ce n'est plus un problème principal.

En parlant de lecture, Joubert, fan de SF a un libraire attitré qu'il va voir régulièrement, et vous?
En Afrique du Sud, comme en France il y a une vingtaine d'années je pense, il y avait tout un réseau de petites librairies qui a disparu aujourd'hui au profit des chaînes de librairies. Ce sont de beaux magasins, mais il n'y a pas les mêmes personnes, malheureusement. Il y a une quinzaine d'années, j'allais chez mon libraire, aujourd'hui c'est une chaîne.

 

"Les soldats de l'Aube"

 


En bouclant le premier, pensiez-vous en faire un autre?
Non, je ne pensais pas en terme de série avec le même personnage. A chaque fois que je termine un livre, j'ai peur de ne pas avoir les moyens d'écrire un nouveau livre et je me délivre de cette angoisse en en écrivant un autre...

DurbanvilleZatopek, Joubert, même si c'est pour des raisons différentes, on suit le parcours d'hommes brisés, d'homme qui pensent ne pas mériter une vie heureuse... ce sont les gens qui vous intéressent le plus? Ou pensez-vous que c'est un des codes du polar?
C'est quelque chose qui m'intéresse le plus. La réponse est un peu des deux ; je pense que le "genre noir, policier " (en français) exige ce genre de personnalités, mais c'est aussi ce qui m'intéresse dans le genre humain, ce mélange de bien et de mal, ces choses que nous avons en nous et qui nous déterminent.

Zatopek, qui a été élevé dans une petite ville minière... un brin d'autobiographie?
Oui (en français que l'auteur comprend bien). C'est autobiographique dans une certaine mesure, malheureusement je n'ai pas eu les expériences sexuelles (rires) de Zatopek mais sinon, l'ambiance de la ville minière est quelque chose que j'ai vécu dans mon enfance.

La construction avec ces deux histoires (d'un côté l'histoire, de l'autre l'évolution du personnage), cela n'a pas été trop dur à mettre en place pour que tout se rejoigne impeccablement à la fin?
Non, le livre a été un vrai plaisir, au contraire. Les deux structures m'ont permis de maintenir une tension constante dans l'élaboration du récit, j'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire.

L'Afrique du Sud, prise entre "Les gangs et les groupes du PCGD - Le Peuple contre les gangsters et la drogue", ça donne quoi?
C'était un facteur de polarisation lorsque j'ai écrit ce livre, aujourd'hui les problèmes ont changé de façon radicale depuis quelques années et c'est beaucoup moins un problème que ça ne l'était au moment où j'ai écrit le livre. Les problèmes surviennent surtout dans les périodes de grands changements d'un pays mais aujourd'hui les gens sont habitués aux changements, à la démocratie à la liberté... et ils ont beaucoup plus de facilité à sortir de leurs propres groupes, de leur environnement, et à se mélanger. En tant qu'écrivain de fiction je dramatise certains éléments, qui peuvent sembler plus graves qu'ils ne le sont réellement, tout ceci pour des raisons artistiques.

Même si vous dramatisez, il y a d'un côté des gens comme Beneke qui "a voté pour le Parti National car elle croyait que le développement séparé, c'était bien. Et juste. Je pensais comme mon père et ma mère. Comme mes amis. Mes amis et leurs parents. Comme mes profs au Lycée et en fac. Comme toute la population blanche de Bloemfontein. Je croyais ce qu'on disait dans journal afrikaans du coin. Même chose pour ce qu'on racontait à la radio et à la télé. Je ne mettais rien en doute parce que je voyais les Noirs comme nous tous les voyions. Comme des gens qui croient à la sorcellerie, au tokoloshe et aux esprits de leurs ancêtres, des gens qui travaillent comme domestique à la maison et au jardin, des gens qui ramassent les poubelles et sentent le savon Lifebuoy."... Beneke qui se réveille à la lecture d'un livre de Mandela et qui se métamorphose, mais le problème n'est pas réglé, dans "L'âme du chasseur" : "L'avocate, Beneke, était là elle aussi, elle avait discuté avec Miriam en anglais, mais le courant ne passait pas, avocate et serveuse, leur couleur, leur culture et trois cents ans d'histoire africaine avaient creusé un gouffre béant que leurs silence gênés ne parvenaient pas à combler." Alors...
C'est une question très difficile... Après les commissions de réconciliation et de vérité, les gens ont essayé de commencer à regarder vers l'avenir, essayé de voir comment ils pouvaient construire une nouvelle nation, mais on ne peut pas oublier l'Histoire. Les personnages, suivant leurs positions dans la société et leurs passés - ici une avocate blanche et une ancienne militante noire - ont un point de vue différent sur la société et c'est normal. "c'est la vie" (en français)
Peut-être qu'un immigré ivoirien qui vit en banlieue verra la vie différemment qu'un français riche habitant au cœur de Paris...


Plus anecdotiquement, les barbecues le samedi soir, c'est un sport national?
"sport national (rires), oui" (en français)

 
L'âme du chasseur

On y retrouve l'excellent personnage de P'tit, vous pensiez le reprendre dans un autre roman?
Dans "Les soldats de l'aube", c'était un personnage secondaire, mais je l'aimais tellement que j'ai voulu le développer et le continuer. D'autre part, il n'y avait jamais eu un personnage principal Noir dans un polar sudafricain et je voulais partir dans cette direction.

C'est le livre le plus politique des trois, est-ce un tournant dans votre carrière?
Je pense plus en terme d'histoire qu'en terme de genre et cette histoire réclamait de partir dans cette direction précise. Le prochain livre, qui sortira en France l'année prochaine, renouera avec la procédure policière.

Karoo Road On y trouve la moto, et chapeau pour construire un livre aussi passionnant avec un homme traqué à moto, une de vos passions, vous nous en dites quelques mots?
Oui, j'adore la moto, j'en fait depuis quatorze ans, je continue à en faire souvent et je pense que j'arrêtai seulement à ma mort.

L'Afrique du Sud, "que le monde ignore"... ça vous énerve?
C'est un sentiment qui existe dans toute l'Afrique - pas d'être ignoré mais de ne pas être pris au sérieux - l'Afrique du Sud étant un des pays où on a ce sentiment.

Et pour finir, vous parliez du quatrième livre qui visiblement est déjà sorti, vous pouvez nous en dire quelques mots?
Oui, il y a beaucoup de personnages qui reviennent des autres livres dont P'tit car il me semble que j'avais encore une partie de son histoire à raconter et il y a un nouveau personnage - Benny Griessel - qui va prendre une place importante dans le récit.


Merci beaucoup
Merci Monsieur (en français)

Interview réalisée  au festival Quais du polar, à Lyon par Christophe Dupuis, traduction Thierry Marignac

Les illustrations de l'interview sont tirées du site de Deon Meyer

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